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Projet de réduction de la portée du phare du Créac'h : soutien à la commune d’Ouessant au titre de la sécurité maritime

19.02.2025

Vigipol a récemment été informé par la commune d’Ouessant d’un projet de réduction de la portée du phare du Créac’h et de son déclassement en tant que phare d’atterrissage au profit du phare du Stiff dont la portée est pourtant bien moindre.

Le syndicat mixte engagé depuis 45 ans dans la protection du littoral contre les pollutions maritimes apporte son soutien à la commune d’Ouessant dans son opposition à ce projet.

De quoi parlons-nous ?

Ce projet, porté par la DIRM NAMO, consiste en la réduction de la portée du phare du Créac’h de 30 à 19 milles nautiques et de son déclassement en tant que phare d’atterrissage au profit du phare du Stiff dont la portée est pourtant bien moindre (22M). Le système optique actuel du phare du Créac’h, constitué de 4 optiques doubles sur 2 niveaux et d’une portée de 30M, faisant l’objet d’un classement au titre des monuments historiques se verrait remplacé par un feu industriel installé au-dessus de la lentille supérieure, réduisant ainsi la portée à 19M et en portant ainsi atteinte à la sécurité des côtes bretonnes.

Analyse du Pool Experts

En tant que syndicat mixte engagé depuis plus de 40 ans dans la protection du littoral contre les pollutions maritimes, Vigipol a jugé essentiel d’évaluer les impacts potentiels de cette réduction de portée sur la sécurité maritime et les conditions de navigation. Une détérioration de ces conditions pourrait en effet favoriser la survenue d’événements de mer et accroître les risques de pollution sur le littoral. Face à la technicité du sujet, Vigipol a sollicité l’expertise de son Pool Experts afin d’obtenir une analyse fine des conséquences de ce projet. Composé d’anciens navigants bénévoles, ils apportent leurs expertises et connaissances au service des missions du syndicat, permettant ainsi d’approfondir l’évaluation des risques et des impacts sur la navigation et la sécurité maritime.

Le Pool Experts est unanime sur la nécessité de conserver la portée nominale du phare du Créac’h pour assurer une navigation sécurisée, en complément des technologies modernes. Voici les arguments avancés :

Importance du maintien des dispositifs traditionnels de navigation

Les experts soulignent que les moyens de navigation modernes, tels que le GPS, doivent être considérés comme des aides complémentaires et non comme des sources uniques de positionnement. La navigation traditionnelle, incluant les phares, reste essentielle pour la sécurité maritime, notamment en cas de défaillance technologique (blackout, cyberattaques, tensions internationales).

Risques et enjeux sécuritaires

Réduire la portée du phare du Créac’h affaiblirait un maillon clé du dispositif de sécurité maritime dans une zone à fort trafic. L’entrée de la Manche et les abords d’Ouessant nécessitent une vigilance accrue en raison de l’augmentation constante du trafic maritime. Une telle décision pourrait avoir des conséquences humaines, environnementales et matérielles potentiellement désastreuses.

Complémentarité des moyens de navigation

Bien que les dispositifs modernes (GPS, radars, etc.) apportent des solutions alternatives, ils ne peuvent se substituer totalement aux phares. La coexistence des technologies est jugée primordiale pour garantir une navigation sécurisée. La puissance du phare du Créac’h répond ainsi à une nécessité maritime et n’est pas arbitraire.

Réflexion sur les motivations du projet

Certains experts s’interrogent sur les motivations réelles de cette réduction de portée. Ils y voient soit un manque de connaissances du monde maritime de la part de l’administration concernée, soit une volonté de désengagement de l’État en matière de sécurité maritime.

Dimensions culturelle et technologique

Au-delà des enjeux nautiques, la réduction de la portée du phare du Créac’h soulève des préoccupations culturelles et technologiques. Le système optique actuel est performant et unique. Sa modification entraînerait ainsi une perte de savoir-faire et d’héritage technologique, sans garantie de bénéfices financiers significatifs.

Maintien du statut de phare « d’atterrage »

Le déclassement de ce phare en simple marque de « jalonnement » suscite de vives interrogations. Au vu de la configuration des dangers dans cette zone, notamment pour les navires venant de l’Ouest et du Sud-Ouest, il semble essentiel qu’il conserve sa fonction de phare « d’atterrage » afin d’être visible et identifiable en priorité par rapport aux autres feux de la région. Par ailleurs, envisager le phare du Stiff comme point d’atterrage principal soulève des réserves, compte tenu de sa position au Nord-Est de l’île d’Ouessant, qui ne semble pas répondre aux mêmes exigences de visibilité et d’efficacité.

En conclusion, le Pool Experts de Vigipol exprime de vives réserves sur ce projet, estimant qu’il compromettrait la sécurité maritime, fragiliserait un dispositif éprouvé et risquerait d’ouvrir la porte à d’autres réductions similaires.

Conclusion

Après avoir réduit la portée des phares de jalonnement en mer dans le secteur Nord Iroise (Jument de 22 à 10M, Kéréon de 17 à 10M, Nividic de 10 à 6M), c’est désormais au phare de « grand atterrissage » que l’on s’attaque. Au plus près du DST, la première conséquence serait qu’aucun phare ne serait désormais visible des 50 000 navires transitant chaque année par le rail d’Ouessant, laissant les systèmes de positionnement par satellites, sondeur et radars seuls garants de la sécurité maritime. La dégradation géopolitique mondiale devrait pourtant inciter les services de l’Etat à garder efficients les systèmes actuels qui ont depuis longtemps fait leurs preuves. En mer, il est admis que la routine ne s’installe jamais et que le mieux doit l’emporter sur le suffisant pour garantir le meilleur niveau de sécurité.

Les insulaires, gens de mer et de la côte gardent en mémoire les catastrophes maritimes de la fin du XXème siècles survenues dans le Nord Iroise (Olympic Bravery, Amoco Cadiz, Tanio…).

Par conséquent, Vigipol considère comme essentiel d’informer largement l’ensemble des acteurs de la mer et du littoral sur les risques que ce projet pourrait générer.

Une réunion publique se tiendra mardi 25 février à Ouessant.